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Portrait du libraire .

À titre d'Aile et Librairie des Croquelinottes

Portrait réalisé le 13/07/2020

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Rencontre avec deux libraires, travaillant dans deux villes différentes et ayant pour point commun d'avoir repris une librairie spécialisée jeunesse en 2019. Nous vous proposons le portrait croisé de Céline Galtier, de la librairie À Titre d'Aile, à Lyon et de Thomas Vernet, de la Librairie des Croquelinottes, à Saint-Étienne.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre librairie?

Céline Galtier : En reprenant À Titre d'Aile je réalise un peu mon deuxième rêve d'enfant, le premier étant d'être archéologue. J'ai eu moult années universitaires avant d'obtenir mon DEA en Langue Histoire Civilisation des Mondes Anciens, puis ai participé à des missions de recherche au Proche Orient avant d'intégrer un poste d'archéologue à l'INRAP pendant plus de 15 ans. Au bout de 15 années de ce métier passion, j'ai eu envie de mettre mon énergie ailleurs. Je vis sur les pentes de la Croix Rousse depuis plus de 20 ans et j'ai commencé à fréquenter la librairie dès sa création en 2006. Ma fille aînée a d'ailleurs exactement l'âge de la librairie, donc on peut dire que la famille a un peu grandi avec. Très investie par ailleurs dans la vie de mon quartier, dans le domaine de la petite enfance et de l'éducation parentale, j'ai eu l'occasion de découvrir toute la richesse du fonds petite enfance. En mai 2018, lorsque Carole Ohana et Cédric Chaffard, les libraires cédants, m'ont parlé de leur désir de passer le flambeau, le projet a pris sens très rapidement pour moi. Ce désir d'épanouissement dans l'entrepreneuriat, conjugué à ma passion de la lecture, au goût à l'éducation à l'image, m'a tout naturellement conduite à devenir libraire comme un nouveau métier de passion. Me voici, après avoir étudié la naissance de l'écriture, devenue libraire jeunesse. À Titre d'Aile est une librairie jeunesse au cœur des Pentes de la Croix Rousse à Lyon, elle est située à proximité de nombreuses écoles. Beaucoup de commerçants de la Montée de la Grande Côte sont tournés vers la petite enfance et la librairie participe à son dynamisme commercial et à cette synergie « petite enfance ». Je pense qu'en tant que membres de l'association des commerçants, Cédric et Carole, les précédents propriétaires, ont initié ce mouvement.


Thomas Vernet : Comme Céline, je n'ai pas de « diplôme en librairie ». J'ai commencé en 2003 au Cultura de Givors où je travaillerai durant 9 ans. N'étant pas quelqu'un de scolaire, après le Bac et quelque temps en interim, je me suis remis en question et j'ai décidé de me pencher plutôt vers ce que j'aimais faire. Passionné de BD, j'ai donc postulé à tout ce qui vendait du livre autour de chez moi. Cultura venait d'ouvrir et m'a proposé un poste en renfort papeterie pour la rentrée scolaire, et plusieurs autres petites missions. Dès le début, j'ai fait comprendre à tout le monde que ce qui m'intéressait était avant tout le livre. Ma ténacité a fini par payer car au départ de l'équipe en place on m'a proposé un poste. Neuf ans plus tard j'ai fini adjoint au chef de secteur livres.
Entre-temps, j'ai eu deux enfants, scolarisés dans la même école que les enfants d'Amandine Drajner, la précédente gérante qui a créé la Librairie des Croquelinottes. Elle travaillait déjà avec une salariée mais, la librairie tournant bien, elles avaient besoin de quelqu'un en plus. En juin 2012 elle est venue me trouver ; deux mois plus tard, fin Août, j'intégrais la librairie. Elle est située dans le centre-ville de Saint Etienne, à proximité de trois généralistes à moins de 20 mètres ! On fait partie des Librairies Sorcières et de l'association Libraires en Auvergne-Rhône-Alpes. On est vraiment complémentaires avec les autres librairies de la ville, nous ne sommes pas dans un rapport de concurrence et on s'entend même plutôt bien. On a d'ailleurs créé récemment une association de librairies stéphanoises pour promouvoir le livre et organiser des communications communes sur certains événements : la SASLI (Seule association stéphanoise des librairies indépendantes).

Pourquoi le choix d'une librairie jeunesse? Quelles en sont les particularités?

Céline Galtier : J'ai une grande sensibilité à tout ce qui touche à l'illustration, notamment jeunesse. Par ailleurs, ce qui est le plus important pour moi, c'est la lecture, primordiale pour l'éveil et la construction de l'enfant puis du jeune citoyen. Le livre me semble incontournable pour nourrir tout cet enthousiasme de la jeunesse. Je ressens  en librairie jeunesse la liberté de se faire plaisir et mettre sur table ce qu'on aime avant tout. On n'est pas liés à la crainte de louper la dernière parution. Je l'ai vu notamment quand il a fallu, au démarrage, que je réouvre tous mes comptes. Je me suis dit, au début, que j'allais rater tous les offices alors qu'en fait il n'y a pas de gravité en la matière. Je n'ai pas de marchés à proprement parlé avec les collectivités, mais je travaille quand même, à hauteur de 20% de mon CA, avec des crèches, des structures petite enfance, des bibliothèques et médiathèques viennent nous voir et cela draine tout de même une zone géographique assez étendue. Cédric et Carole, les précédents gérants, avaient tissé des liens forts lors de salons et différents événements avec ces structures.Ma clientèle est très familiale, des parents, des grands-parents. On voit grandir les enfants et c'est vraiment un plaisir de retrouver les grands ados qui sont venus régulièrement, étant tout petits, à la librairie avec leurs parents. Certains d'entre eux sont d'ailleurs très attachés à ce lieu qu'ils ont découvert petits, ils reviennent après le collège et s'installent sur le canapé pour feuilleter un manga avant de rentrer chez eux. Me plaçant dans la continuité de l'esprit À Titre d'Aile, j'ai à cœur d'accueillir les enfants et leur donner envie d'entrer, qu'ils s'y sentent bien même si la lecture n'est pas toujours facile pour tous. Qu'il n'y ait pas de public empêché n'osant pas entrer dans une librairie ou une bibliothèque, et que chacun puisse venir tel qu'il est.

Thomas Vernet : Je dirais, qu'à quelques exceptions près, on n'est pas du tout dépendants, ou alors très peu, de la parution. Sur table par exemple aux Croquelinottes, la moitié des références en albums sont des titres de fonds que l'on aime bien et que l'on défend. Il y a un écart important dans la littérature jeunesse entre ce que vont lire des enfants de 3/4 ans et des enfants de 5/6 ans par exemple. Le public se renouvelle beaucoup plus vite que la parution dans certaines catégories. Ainsi, même si l'on présente la même chose, il y aura toujours un renouvellement rapide du lectorat. On tourne beaucoup avec le fonds et quand une nouveauté nous plaît on peut se permettre de la laisser un an sur table ; quand on aime un livre on peut le défendre vraiment. Les retours d'expérience sont également rapides de la part des parents et le ressenti des enfants est, si je peux dire, « pur ». Nous, adultes, avons un retour biaisé sur les livres pour enfants : ce n'est pas parce que nous aimons un livre que c'est forcément un bon livre pour enfant. Nous pourrons bien le conseiller à des parents qui auront une sensibilité proche, mais cela ne veut pas forcément dire qu'il est bien pensé pour les enfants. La seule contrainte par rapport aux nouveautés vient des offices que l'on doit présenter aux collectivités, et qui sont essentiellement constitués de nouveautés. Étant donné le (trop) grand nombre de parutions, nous n'avons aucun mal à leur en présenter. Le travail avec les collectivités justifie un poste à temps partiel, cela nous amène de la trésorerie et permet aussi d'avoir de meilleures remises et échéances avec les fournisseurs. Même si c'est effectivement chronophage et peu rentable étant donné les remises appliquées. Ce qui est intéressant, c'est l'échange culturel que cela crée avec les bibliothécaires et de faire partie du tissu culturel local. Cela permet aussi de voir le livre sous un angle autre que commercial. Notre clientèle a un pouvoir d'achat important, on aimerait que ce soit plus varié, mais il y a effectivement une barrière et, pour beaucoup, le livre semble être inaccessible. J'aimerais qu'il y ait plus d'ados qui viennent à la librairie et c'est d'ailleurs en partie la raison pour laquelle j'ai voulu développer la BD.

Vous avez tous deux des profils très différents. Cette reprise correspond-elle à ce que vous imaginiez?

Céline Galtier : Je savais que cela allait demander énormément de travail, de rigueur, d'investissement et cela fut bien le cas ! C'est un projet de reprise pour moi qui a duré un an, à un rythme bien soutenu entre le moment de ma prise de décision réelle et celui de la signature chez le notaire. Il a fallu choisir le type de reprise qui nous convenait le mieux à tous. J'ai donc acheté le fonds de commerce avec le stock et j'ai créé une nouvelle société. Les premiers mois de reprise, d'Août à Octobre, j'ai dû ouvrir les comptes fournisseurs, recontacter les salons et assurer la rentrée de septembre. Tout s'est enchaîné très vite ensuite. Un an plus tard, je referai si c'était à refaire, mais peut-être pas seule. Je m'associerais, même si cela était plus rapide et efficace de trancher seule. Très vite, j'ai découvert la solidarité de tous les libraires, j'ai bénéficié de leurs conseils et de ceux de l'association Libraires en Auvergne-Rhône-Alpes, d'Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture qui m'a pas pas mal aiguillée aussi. Après il faut aussi composer avec tout ça et ce n'est pas rien ; on voudrait que les journées soient deux fois plus longues!

Thomas Vernet : Je n'ai jamais voulu reprendre de librairie, le statut de salarié m'allait très bien! Je suis très ancré dans le présent et ai du mal à envisager le futur. Quand Amandine Drajner, la précédente gérante, a dit qu'elle voulait céder j'ai d'abord été triste car je ne voulais pas que les choses changent. Elle nous a fait comprendre qu'elle souhaitait vraiment que l'un de ses salariés reprenne la librairie. J'y travaillais depuis 6 ans et j'avais également mis ma patte, j'étais investi. Quand c'est devenu plus concret et que des repreneurs se sont manifestés, j'ai décidé de me positionner. Contrairement à Céline, j'ai voulu être seul pour reprendre et cela tombait bien car Myriam, ma collègue, ne souhaitait pas le faire. C'était mon projet et je voulais le porter jusqu'au bout, seul, à ma manière, sans être influencé quant au choix à faire concernant le rachat.  Aujourd'hui c'est exactement comme je l'imaginais : lourd administrativement ! mais heureux d'aller dans les entrailles de la chose car j'aime comprendre tous les rouages que sont les factures, la trésorerie, la gestion des stocks, les remises avec les fournisseurs. Aucune mauvaise surprise donc.

Avez-vous apporté des modifications dans les librairies suite à vos reprises? 

Céline Galtier : Avant Noël, on a repensé l'aménagement de la partie basse de la librairie, la partie de plain pied dédiée à la petite enfance. Il s'agissait de faciliter la circulation et faire quelque chose de plus fluide et aéré en mettant des tables sur roulettes qui permettent de moduler l'espace. Dernièrement, j'ai changé de place la caisse et fait toute une transhumance de livres. J'ai ainsi libéré la vitrine sur la rue, ce qui me permet d'avoir une vue traversante sur tout le magasin et d'accueillir différemment les clients que je vois à présent rentrer dans la librairie. J'ai également créé un site internet. En ce qui concerne l'offre éditoriale, j'ai étoffé un peu plus le rayon parentalité et quelques petits choix adultes et renouvelé l'ancien stock BD. Ce sont des chantiers en cours. J'ai eu un tuilage avec Cédric Chaffard le précédent libraire qui est resté d'Août à Octobre. C'était important qu'une transition douce puisse se faire, d'autant plus que j'étais très occupée par les réouvertures de mes comptes fournisseurs, quelqu'un devait donc assurer dans le magasin. Ma salariée est arrivée le 1er octobre.

Thomas Vernet : Pas d'évolution majeure ce qui était d'ailleurs compliqué pour les demandes de subventions où l'on me demandait ce que je voulais changer ! Je ne voulais rien toucher car cela fonctionnait déjà très bien, de plus, y travaillant depuis 7 ans il y avait déjà mon empreinte comme celle de Myriam d'ailleurs. Le magasin avait été entièrement refait il y a 4 ans et la chose avait été pensée collectivement. Concernant les rayons, on a un peu plus de mangas depuis un an car il y a clairement du potentiel et que c'est un moyen d'attirer les ados, mais les librairies généralistes alentours proposent déjà une offre bien étoffée en la matière, on va donc rester sur notre niche. Par ailleurs, Edith qui était là sporadiquement sur les fins d'année et les salons a été embauchée à temps partiel.

Cela vous a demandé combien de temps? Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors de la mise en oeuvre de votre projet? 

Céline Galtier : La gestation du projet a bien duré une année. C'était un montage qui s'est fait en trois temps. J'ai d'abord, de Juillet à Septembre, pris connaissance du monde de la librairie qui était très éloigné de celui de l'archéologie. Pour faire cet état des lieux de la profession, je me suis documentée, j'ai rencontré l'association et d'autres institutions. Durant la deuxième étape, je me suis interrogée sur l'impact que cette nouvelle activité pourrait avoir sur ma vie privée et de famille notamment. La troisième étape correspond à la phase d'élaboration du projet et sa faisabilité économique. Je me suis renseignée sur les différents dispositifs disponibles. En parallèle surtout, et cela a été long, j'ai dû quitter l'INRAP et négocier avec eux le financement de ma formation de Janvier à Mars 2019 à l'INFL. J'ai fait mes stages avec Thomas et Myriam aux croquelinottes et Carole et Cédric à À Titre d'Aile. Ensuite, j'ai eu quelques contrats à temps partiel à la librairie À Titre d'Aile, et participé aux trois principaux salons que sont La Fête du livre de Bron, Quais du polar et la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne. Pour moi, il y a eu différentes négociations avec les libraires cédants, en fonction des avis des experts aussi car il fallait accorder tout cela, élaborer les statuts et signer le compromis. Cela a été un petit peu long, j'ai trouvé que cette articulation était délicate car il s'agissait d'avoir la bonne information au bon moment et de la mettre en adéquation avec les exigences de chacun, des organismes financeurs et des libraires cédants. Pour moi, la difficulté était là et je ne pense pas que ce soit propre au monde de la librairie mais à n'importe quel projet.

Thomas Vernet : Amandine nous a dit au premier trimestre 2017 qu'elle voulait partir, et j'ai racheté en juillet 2019. Au début je pensais que tout s'effondrait, puis j'ai pris le temps de la réflexion et j'en ai discuté avec ma compagne. On a un travail très épanouissant que l'on fait clairement plus par passion que pour l'argent. Je suis une personne qui a besoin de temps et de maîtriser tous les aspects d'une question avant de prendre une décision, les échéances ont donc été plus longues. Je n'ai pas rencontré de véritables problèmes si ce n'est qu'au début je n'avais pas d'apport, attendre m'a donc permis de capitaliser une certaine somme et la banque de la librairie m'a dit oui tout de suite. Le point positif aussi pour les demandes d'aides est que la librairie tournait très bien, j'y étais salarié depuis 7 ans je la connaissais donc parfaitement, cela m'a permis d'avoir du mordant pour défendre la reprise. Ce qui a été difficile en revanche, mais on ne pouvait pas faire grand chose, a été le départ à la retraite du comptable. On a eu les bilans avec beaucoup de retard, ce qui n'est pas aisé quand on prépare des dossiers de demandes de subvention.

Avez-vous bénéficié de certaines aides?

Céline Galtier : J'ai eu un très bon échange avec l 'ADELC qui m'a octroyé un prêt et est partie prenante de la nouvelle société. J'ai aussi obtenu une subvention de la Région car j'ai créé une société, c'était important pour moi de ne pas partir avec tout le passif. J'ai également eu un prêt du CNL et un prêt d'honneur de Rhône Développement Initiative qui a bien aidé auprès des banques. C'est du travail mais cela en vaut la peine. Pour racheter le stock, nous nous sommes mis d'accord avec les libraires cédant pour un crédit vendeur sur 10 mois.

Thomas Vernet : Le CNL en subvention et en prêt, et l'ADELC par le biais d'un prêt. Je n'ai pas eu d'aide de la Région car il s'agissait d'une reprise avec rachat des parts sociales. Je bénéficie également de l'ACRE ce qui me permet d'avoir un salaire les deux premières années.

Vos librairies étaient déjà bien installées avant votre reprise. Avez-vous communiqué sur ce changement? Quelle a été la réaction de la clientèle? 

Céline Galtier : On a communiqué sur les réseaux sociaux de la librairie et fait une fête de transition. Cela s'est passé très naturellement car je suis déjà identifiée dans ce quartier dans lequel je vis depuis de nombreuses années, et je connais la plupart des clients de la librairie. Cédric, pendant notre temps de transition, a pu me présenter à ceux que je ne connaissais pas encore. La reprise correspond surtout à une attente très forte de la clientèle du quartier. Les libraires avaient annoncé leur départ et les clients étaient inquiets que la librairie ne soit pas reprise dans la foulée. La clientèle y est attachée et les parents l'envisagent comme un outil de développement éducatif ; c'était avant tout une grande satisfaction qu'elle puisse perdurer et un vrai soulagement pour eux.

Thomas Vernet : Je n'ai absolument pas communiqué car je ne voulais surtout pas que la clientèle imagine que tout allait changer. Je ne voulais pas que l'on remarque de différence, cela a été un tour de passe passe. J'en parlais sans problème si l'on me demandait des nouvelles d'Amandine et je me présentais comme le nouveau gérant mais il était primordial que les gens se sentent dans la même boutique, d'ailleurs techniquement la librairie n'a jamais fermé. La réaction de la clientèle a été bonne.

Nous venons de traverser une période de confinement de près de 2 mois, avec une fermeture des librairies pour cause de crise sanitaire. Quel en a été l'impact pour vous?

Céline Galtier : Pour nous c'est surtout l'annulation de deux salons importants (Quais du Polar et Fête du livre jeunesse de Villeurbanne), c'est donc un manque à gagner énorme mais en même temps une mise à profit de ce temps d'arrêt pour réagencer la librairie, avec des travaux prévus initialement en Août, et la refonte du site internet. Il est certain ensuite que par rapport à mon prévisionnel, le CA sera moindre.

Thomas Vernet : J'ai dû mettre mes deux salariées au chômage partiel. On a eu une perte de chiffre d'affaires en Mars et en Avril mais qui a été minimisé par le fait que j'ai fait du « click and collect».

Aujourd'hui, un mois après le déconfinement, les clients sont-ils de retour? Comment cela se passe-t-il concrètement quant à la pratique de votre métier? 

Céline Galtier : Je pense que la librairie indépendante a de beaux jours devant elle ! Les clients ont été très heureux de revenir parmi les livres, cela m'a fait chaud au cœur. Bien sûr c'était moins fluide du fait des gestes barrières, du respect des distanciations et qu'il y avait moins de personnes dans la librairie. J'attendais de voir comment les gens se comporteraient et, petit à petit, on s'est adaptés. Les clients se montrent prudents et respectueux des nouvelles mesures mises en place. Il y a eu un soutien important de la mairie du premier arrondissement, de collectivités qui ont fait des achats de livres plus tôt, de certains clients. Tous ces détails mis bout à bout sont très importants pour nous. Les clients étant moins nombreux j'ai l'impression d'être plus disponible. Je vais les voir de manière plus automatique car ils flânent moins facilement, certains ne veulent pas trop toucher les livres et attendent que ce soit moi qui les leur présente. Plus d'échanges et de dialogues au final et c'est plutôt agréable.

Thomas Vernet : La reprise s'est très bien passée, on a même plus de fréquentation que d'habitude. Je ne sais pas en revanche si cela va durer dans le temps. Je pense que les clients dépensent ce qu'ils n'ont pas pu acheter en Mars et Avril, mais que cela va finir par se calmer. On a adapté notre offre en proposant plus de cahiers de vacances ou de lectures parascolaires. On a mis en place les mesures sanitaires qui s'imposaient et limité le nombre de personnes sur la surface de vente. Les clients sont de retour avec leurs enfants, plusieurs documentalistes nous ont arrangés en commandant par exemple des ouvrages à facturer tout de suite. On a aussi pu bénéficier de dispositifs d'aides qui ont été précieux comme l'annulation des charges ou l'aide de 1 500€ du Fonds de solidarité.

Qu'est-ce que représente aujourd'hui pour vous le fait d'être libraire indépendant? 

Céline Galtier : C'est avant tout privilégier l'accueil, les échanges, la proximité avec le quartier, à travers des animations que je souhaite mettre en place avec des artistes de la Croix Rousse, qui est quand même un beau vivier en acteurs culturels. C'est bien sûr avant tout donner envie d'entrer, de discuter, échanger autour des livres. Pouvoir faire ses choix éditoriaux quitte à prendre des risques et offrir à nos clients cette liberté de choix, ce libre arbitre sans être indexé sur la grande distribution.

Thomas Vernet : Pour moi c'est même un devoir de choisir et de faire le tri dans tout ce qui existe. D'autant plus dans une librairie jeunesse où ce ne sont pas les enfants qui achètent mais les adultes qui viennent avec une demande énorme. Dans une librairie généraliste les gens sont plus indépendants alors qu'en jeunesse 90% du temps est passé en conseils, il faut donc connaître parfaitement son offre et comprendre au maximum ce que l'on vend. Lorsque je parle de tri, je dirais qu'il est de notre devoir d'enlever les mauvaises herbes de notre jardin pour ensuite y planter les belles fleurs de notre choix et ainsi permettre aux gens d'y accéder et de le découvrir. Être libraire c'est avant tout se faire plaisir et aimer communiquer, partager et transmettre.

 La librairie À Titre d'Aile en images 

      


Librairie À Titre d'Aile
23 Rue des Tables Claudiennes
69 001 Lyon

Tél : 09 52 74 69 20

Année de création : Mai 2005

Année de reprise : Août 2019

Surface de la librairie : 70 m2

Stock moyen : 6 300 références

Nombre de salariés : 1 TNS + 1 salarié

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Librairie des Croquelinottes
23 Rue de la Résistance
42 000 Saint-Étienne

Tél : 04 77 41 03 47

Année de création : Septembre 2007

Année de reprise : Juillet 2019

Surface de la librairie : 140 m2 + 110 m2 de salle d'exposition

Stock moyen : 7 800 références

Nombre de salariés : 1 TNS + 2 salariés

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